Préparer l’Europe et le monde de 2050, avec Covid-19

Rédigé par Pierre Dieumegard Aucun commentaire
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Europe transformée par le coronavirus

Comment préparer nos enfants au monde de 2050, qui sera celui dans lequel ils vivront leur vie professionnelle, sentimentale et familiale ? C'est bien sûr le rôle des parents, mais aussi celui de l'école et des oeuvres périscolaires, c'est une partie importante du rôle des pouvoirs publics en général.

L'épidémie de Covid-19 change le fonctionnement de l'école et de la société. Il faut nous préparer, et préparer nos enfants, à vivre dans un monde changeant, où les habitudes et certitudes d'aujourd'hui seront remises en cause, mais où les besoins fondamentaux resteront : vivre, aimer, parler, avoir des relations avec les autres humains, par la parole et par l'écrit. Quelles langues enseigner aujourd'hui, pour le monde de demain ?

En 2020, les enfants actuellement à l’école sont supposés avoir une dizaine d’années, et se préparer à vivre longtemps. Leur vie professionnelle, commencée vers 25 ans (2035), irait jusqu’à 62 ans, vers 2072. Le rôle de l’école (collège, lycée, université…) est de les préparer à cette époque. Même s’il est difficile de prévoir ce que sera le monde dans trois ou quatre siècles, il est important que les politiques publiques préparent dès maintenant la population actuelle pouvoir vivre et agir vers 2050, lorsque les écoliers actuels auront une quarantaine d’années, seront eux-mêmes parents, et se soucieront de l’avenir de leurs enfants.

Préparer nos enfants à vivre en 2050, c’est les préparer à vivre en pensant l’ensemble de la planète Terre, tout en vivant localement. Il faudra tenir compte du monde entier, parce que les problèmes sont planétaires : les gaz à effet de serre agissent sur l’ensemble du monde, quel que soit le pays d’origine. Ceci ne signifie pas que la « mondialisation » telle que nous l’avons connue depuis quelques dizaines d’années va continuer : d’une part la lutte souhaitable contre le dérèglement climatique implique une diminution des transports, et d’autre part des événements tels qu’une pandémie de coronavirus peuvent bloquer les frontières, et diminuer très fortement les déplacements humains tout comme les transports de marchandises.

Les « territoires », comme on dit maintenant, c’est-à-dire les régions et les départements, auront un rôle important dans cette préparation.

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Table des matières
1 Défiance envers les autorités, surtout en France

2 Les régions et les départements auront un rôle important dans les mois et années à venir

3 Quelle(s) langue(s) enseigner à nos enfants, pour mieux les préparer au monde de 2050 (et au-delà) ?

4 Proposition d’enseignement des langues dans le système éducatif primaire et secondaire

5 Que peuvent faire les collectivités territoriales ?

Conclusion

1Défiance envers les autorités, surtout en France

La crise récente du coronavirus (Covid-19) provoque entre autres une défiance envers les autorités, qui n’ont pas été capables d’avoir une politique efficace contre la maladie, alors qu’on se rend compte après coup qu’une telle politique aurait été possible.

1.1Les services publics sont mal préparés à la crise

https://fr.kantar.com/opinion-publique/societe/2020/covid-19-perceptions-et-comportements-dans-les-pays-du-g7-vague-2/

Le niveau de confiance en France est particulièrement bas. Traditionnellement, la France est un pays centralisé, où les principales décisions sont prises à Paris, par le pouvoir central. L’épidémie de Covid-19 a montré l’incapacité des dirigeants nationaux à gérer la crise.

Un exemple caricatural est le problème des masques contre le virus. Au mois de mars 2020, les autorités françaises déclaraient inutile, voire nuisible, le port du masque. Quelques semaines après, devant se rendre à l’évidence, les autorités proposaient l’usage de « masques alternatifs » en tissu, réalisés par les utilisateurs eux-mêmes, ou par des collectivités locales, car l’industrie nationale ou européenne n’était pas capable de fournir les quantités nécessaires. Et en juillet 2020, le masque est obligatoire dans les lieux publics fermés, et le gouvernement discute de la fourniture gratuite ou non aux personnes nécessiteuses.

 


Certains comparent l’impréparation des pouvoirs publics français à l’impréparation de l’armée française, quatre-vingts ans auparavant, face à l’armée allemande. Les circonstances sont différentes, mais l’incurie et l’impéritie des gouvernants apparaissent similaires.

 


Cette épidémie a montré que les pouvoirs publics n’avaient pas d’autres armes que celles du Moyen Âge contre la peste : le confinement et la quarantaine. Les armes modernes que sont les masques (pour lutter contre la propagation du virus) et les aides à la respiration (pour soigner ceux qui sont gravement atteints) étaient indisponibles en France au moment critique. L’opinion publique demande plus de souveraineté sur les fournitures stratégiques dans la guerre contre l’épidémie : on ne peut pas avoir confiance dans la mondialisation, ni dans l’Union européenne, pour assurer la sécurité des citoyens.

Devant la défaillance de l’appareil d’État, les régions ont parfois pris l’initiative de commander des masques, ou de fournir du matériel aux hôpitaux, ou d’organiser des transferts de malades vers des hôpitaux ayant des places disponibles. Un exemple a été la coopération transfrontalière entre l’Alsace et la région de Bade-Wurtemberg, de l’autre côté du Rhin : les hôpitaux alsaciens étaient submergés de malades, qui ont pu être transférés dans les hôpitaux allemands.

Pendant le mois d’avril, les mairies ont pris en main la fabrication de masques en tissu, pour les fournir aux habitants, sans attendre des décisions ou des fournitures au niveau national.

Dans tous les cas, l’effet sur l’opinion publique a été similaire : on ne peut pas avoir confiance dans les autorités nationales, ce sont les collectivités locales qui doivent agir.

1.2L’Union européenne va sortir affaiblie de la crise

Dans les textes, la santé est plus du ressort des États que de l’Union européenne, mais les habitants des divers pays ont senti l’absence d’action de la part des structures européennes. Ce sentiment est peut-être dû au confinement des informations au niveau national, parce que les habitants d’un pays ne peuvent pas comprendre les informations ou les débats du pays voisin, dont la langue est différente.


https://fr.kantar.com/opinion-publique/societe/2020/covid-19-perceptions-et-comportements-dans-les-pays-du-g7-vague-2/

 


Nous ne savons pas si réellement la crise du coronavirus affaiblira l’Union européenne, mais une telle opinion peut être une prophétie autoréalisatrice : si les gens pensent que l’Union européenne s’affaiblit, alors ils vont agir comme si elle était faible, ce qui va l’affaiblir.

La méfiance envers les institutions s’accompagne de méfiance envers les autres pays. L’Italie, pays le premier touché en Europe, s’est senti abandonnée par le reste de l’Union européenne. Les politiques gouvernementales britannique et états-unienne, qui ont commencé par négliger le problème du coronavirus, aboutissent à la déconsidération des gouvernements Trump et Johnson. La politique chinoise de confinement strict a commencé par susciter l’admiration, mais a rapidement été perçue comme mensongère et impérialiste.

Donc la méfiance envers les pays étrangers augmente, la circulation des personnes entre les divers pays a fortement diminué, et risque de rester à un niveau bas pendant plusieurs années. Néanmoins, il faut préparer les futurs citoyens de 2050 à avoir des échanges avec les citoyens d’autres pays.

2 Les régions et les départements auront un rôle important dans les mois et années à venir

Les régions sont en charge des lycées, et peuvent intervenir dans l’enseignement supérieur, ainsi que dans le domaine culturel. Elles ont un rôle important dans le tourisme, les transports publics et les grands équipements (ports et aéroports). L’épidémie de Covid-19 a stoppé les flux touristiques, et fortement diminué le trafic des aéroports.

Les départements ont en charge l’aide sociale, mais aussi la gestion des collèges, ainsi qu’une action dans le domaine culturel.

La crise du coronavirus a fortement perturbé l’enseignement dans la première moitié de 2020, et continuera à le perturber pendant de nombreux mois : six mois sans enseignement réel, beaucoup d’enfants ont « décroché », et oublié ce qu’ils avaient pu apprendre auparavant.

Les futurs collégiens et lycéens auront des lacunes importantes, notamment dans l’enseignement des langues, parce que c’est difficile d’apprendre seul. Les collectivités territoriales devront imaginer comment combler ce trou, et comment éviter qu’il s’aggrave, puisque l’enseignement va être perturbé dans les mois et années qui viennent.

Les voyages scolaires, souvent financés en partie par les collectivités territoriales, sont quasiment supprimés : d’une part les frontières entre les États sont plus ou moins fermées, et d’autre part les hébergements collectifs sont très compliqués à organiser avec des dispositions contre l’épidémie. Les budgets vont être réorientés : les collectivités doivent utiliser l’argent destiné à l’éducation dans le même but, mais avec des modalités différentes. Elles peuvent alors soutenir des projets locaux, n’impliquant pas le déplacement des élèves, mais permettant quand même leur ouverture au monde et leur adaptation au monde changeant qui nous attend.

 


3 Quelle(s) langue(s) enseigner à nos enfants, pour mieux les préparer au monde de 2050 (et au-delà) ?

Que ce soit en tant que citoyens, en tant que travailleurs ou en tant que consommateurs, les personnes vivant en 2050 devront avoir des relations avec des personnes, dont certaines ne parleront pas la même langue. Comment les préparer ?

 


3.1Le modèle du tout-anglais est remis en cause par le coronavirus.

Tous les écoliers français reçoivent en principe un enseignement d’anglais depuis le début de l’école primaire, et ils continuent ensuite au collège, au lycée, et éventuellement au-delà. Les résultats sont souvent mauvais, malgré la bonne volonté initiale des élèves. C’est vrai que l’anglais est une langue difficile, avec une prononciation compliquée. On donne souvent comme conseil aux pauvres élèves largués en anglais d’aller faire un séjour linguistique dans un pays anglophone, si les finances familiales le permettent. Ces séjours linguistiques donnent parfois des résultats positifs, mais pas toujours.

En 2020, les séjours linguistiques à l’étranger ont été supprimés pour cause de pandémie. Divers organismes proposent des « séjours linguistiques en anglais en France », par exemple des stages de poterie en anglais. Là encore, les finances familiales sont le facteur limitant.

Les écoles (collèges, lycées…) sont fermés depuis mars 2020, et on ne sait pas comment sera la rentrée de septembre 2020. Il est certain que pour la grosse majorité des élèves, il n’y a pas eu d’enseignement d’anglais efficace depuis mars 2020, parce que les élèves ne sont pas capables de travailler par eux-mêmes dans cette langue. En cas de poursuite de l’épidémie, les établissements scolaires n’accueilleront les élèves que par petits groupes, sur des temps limités. Si le temps réel d’enseignement d’anglais est divisé par deux, il est probable que le niveau atteint par les élèves va baisser.

Pour les années à venir, il est probable que les voyages linguistiques seront très diminués. Si les élèves sont seuls face à leur livre, ou à leur tablette tactile, il est probable qu’ils ne progresseront guère en anglais.

 


3.2Quelle langue faudra-t-il connaître en 2050 ?

Vu de France, la gestion calamiteuse de l’épidémie par les gouvernants des grands pays anglophones (États-Unis, Grande-Bretagne) n’incite guère à prendre modèle sur eux.

L’efficacité du gouvernement chinois peut inciter à étudier le chinois, mais la violence qui accompagne cette efficacité fait peur. D’autres gouvernements autoritaires ont existé auparavant, avec des résultats spectaculaires (dans certains domaines, au moins au début…) comme l’Allemagne hitlérienne, l’Union soviétique stalinienne, ou l’Iran du shah, mais ça s’est souvent mal fini. Quelle sera l’évolution de la Chine si le gouvernement de Xi Jinping s’enferme dans une politique autoritaire, sans changements en cas de difficultés ?

En 2050, la population chinoise devrait être en diminution, contrairement à celle des pays indiens, Pakistan et Inde, qui actuellement ont un fort développement économique, et un fonctionnement plus ou moins démocratique qui devrait leur permettre de changer de politique en douceur. Leurs langues officielles, hindi et urdu, sont deux variantes d’une même langue : faut-il que les enfants de 2020 l’apprennent, pour se préparer au monde de 2050 ?

Et si les adultes de 2050 vont travailler ou vivre en famille dans les pays européens voisins, il serait souhaitable qu’ils comprennent la ou les langues du pays où ils vivront. Comment savoir ? Les enfants de 2020 devront probablement apprendre une nouvelle langue lorsqu’ils auront 30 ou 40 ans. Quoi leur enseigner aujourd’hui, en 2020, pour les préparer à apprendre une nouvelle langue dans dix, vingt ou trente ans ?

Il est bien connu que la première langue étrangère est la plus difficile à apprendre, parce qu’il faut sortir de sa langue maternelle pour d’autres mots, une autre grammaire, d’autres structures de pensée. La seconde langue étrangère est plus facile, parce qu’on a déjà fait la gymnastique intellectuelle lors de l’apprentissage de la première langue.

L’enseignement universel et uniforme de l’anglais tel qu’il est pratiqué en France actuellement bloque l’apprentissage d’autres langues. C’est une langue difficile, et pour réussir à bien parler anglais, on doit y consacrer beaucoup de temps et d’effort, ce qui aboutit à négliger l’étude d’autres langues. D’autre part, beaucoup d’élèves sont en échec en anglais malgré leurs efforts, et pensent qu’ils sont « mauvais en langues », et qu’ils ne sont pas capables d’en apprendre une autre.

En 2020, il est souhaitable d’enseigner aux enfants une langue qui leur permettra de s’adapter facilement au monde de 2050. Il faut enseigner aujourd’hui une langue qui permettra aux adultes de 2050 d’apprendre l’anglais, le slovène, le chinois ou le tagalog selon leurs besoins. Il faut enseigner aujourd’hui une langue qui permette la confiance en soi, et qui ne les dégoûte pas des autres langues, ni de l’école en général.

3.3L’espéranto est la langue à apprendre en période de coronavirus et de monde instable

Pourquoi apprendre l’espéranto, alors que cette langue n’est langue officielle d’aucun pays du monde ?

3.3.1Parce que l’espéranto est une langue simple, rapide à apprendre
Avec un alphabet latin, une prononciation qui correspond à l’orthographe, et une conjugaison sans verbes irréguliers, l’espéranto peut être appris environ dix fois plus rapidement que les langues européennes habituelles. Ainsi, en un ou deux ans, le niveau B2 peut être atteint, alors que ce niveau qui est censé être la référence pour le baccalauréat, n’est atteint que par une faible minorité des élèves en anglais.

La prononciation est simple, et il n’y a pas besoin de séjours en immersion coûteux pour réussir. On peut l’apprendre seul ou en petits groupes, avec un livre ou par informatique (la version de Duolingo pour les francophones vient de paraître).

3.3.2Parce que l’espéranto permet de mieux comprendre la langue française
Le fonctionnement logique de l’espéranto permet de mieux comprendre ce qui est enseigné traditionnellement en français : la nature des mots (noms, adjectif, verbe, adverbe, préposition…), la fonction des mots (sujet, complément…), et l’organisation des phrases.

3.3.3Parce que l’espéranto permet de mieux apprendre les autres langues étrangères, et en particulier l’anglais.
Après avoir appris les bases de l’espéranto, les élèves sont mieux capables intellectuellement de comprendre les langues plus difficiles telles que l’anglais.


La meilleure façon pour que les lycéens français aient le niveau B2 en anglais lorsqu’ils passent le bac serait de commencer par leur enseigner l’espéranto à l’école primaire et au début du collège, et ensuite seulement de leur enseigner l’anglais.

 


4Proposition d’enseignement des langues dans le système éducatif primaire et secondaire

L’objectif du système éducatif est la fin des études secondaires, à environ 18 ans et le baccalauréat (général ou bac pro, peu importe).

4.1École maternelle et début du primaire : habituer l'oreille à des sons variés

Dans les « petites classes », là où la sensibilité aux sons étrangers est maximale et où les préoccupations de grammaires sont embryonnaires, c'est le moment pour faire écouter des langues, non seulement de l'anglais, mais aussi de l'italien, du chinois, et d'autres langues où les sons et leur organisation sont différents du français.

 


4.2Fin d'école primaire : langue internationale espéranto

Cet apprentissage serait fait en CE1-CE2-CM1-CM2 (cycle 2 et cycle 3).

Passer par l'espéranto permet le succès plus facile dans les autres langues (Eŭropa bulteno, décembre 2015, eb-155-2015-12)


Traditionnellement, durant ces années d'école primaire, les élèves apprennent les bases de la grammaire française, avec le singulier et le pluriel, les verbes, leurs divers temps et leurs diverses conjugaisons, les différentes natures de mots (noms, adjectifs, adverbes, prépositions, etc.).

En espéranto, ces divers types de mots existent aussi, mais beaucoup plus simplement qu'en français. Les divers types de mots sont reconnaissables à leurs terminaisons. L'apprentissage de l'espéranto peut aider à comprendre les notions précédentes en français.

La réussite en orthographe est assurée par la très bonne correspondance entre l'écrit et l'oral. La numération plus simple en espéranto qu'en français permet de mieux comprendre la numération de position.

Enfin, l'espéranto peut servir d'initiation à d'autres langues 1, sur le modèle du programme anglais « Springboard to languages »2 = « Lingvolanĉilo» = « Tremplin pour les langues », ou plus récemment dans le cadre d'Erasmus+ en Croatie, Slovénie et Bulgarie « Multlingva akcelilo » = « accélérateur du multilinguisme »3.

Par qui serait enseigné l'espéranto ? Par l'enseignant normal de la classe, ou bien par un enseignant spécialisé. Comme c'est une langue beaucoup plus facile que les autres, la formation des enseignants serait aussi beaucoup plus rapide que pour une langue normale. L'expérience « Multlingva akcelilo » a montré que les enseignants normaux de la classe pouvaient facilement enseigner les bases de l'espéranto4. Quelques semaines suffiront pour la formation des enseignants5.

4.3Collège et lycée : une ou deux langues de plus

A ce stade, on arrête l'enseignement de l'espéranto en tant que tel. Cette langue sera supposée connue, elle aura servi de base à la découverte de langues diverses à la fin de l'école primaire (cycle 3), et elle pourra être rappelée ultérieurement pour comparaison avec les diverses langues étudiées. L'espéranto pourra aussi être utilisé en tant que tel pour des échanges scolaires avec des établissements de pays parlant une langue différente et non étudiée en classe, mais ce ne sera plus une matière scolaire. Le temps sera venu d'étudier des langues traditionnelles.

On peut revenir à l'ancien système des collèges français : une langue en 6e, et une autre langue en 4e.

Par quelle langue commencer ?

On peut imaginer l'anglais, mais ce n'est pas obligatoire.

Quels seraient les enseignants ? Contrairement aux idées reçues, il n'est pas souhaitable qu'ils soient des locuteurs natifs de la langue en question. Le document CNESCO6. indique (p. 43) « Des difficultés pour les enseignants natifs : Une recherche menée auprès d’enseignants natifs de la langue enseignée (Causa, 2008) révèle qu’ils sont également en insécurité car ils doivent apprendre à mettre à distance leur langue et leur culture pour l’enseigner. À l’inverse, les enseignants non natifs ont développé des stratégies de compréhension de la langue, qu’ils peuvent transmettre. »

 


5Que peuvent faire les collectivités territoriales ?

Bien sûr, les propositions précédentes devraient être du ressort du Ministère de l’Education nationale, mais c’est une machine lourde, avec une grande inertie. Les régions et les départements peuvent oeuvrer de façon plus agile, sans être prisonnier des programmes et des horaires officiels, mais en s’appuyant sur eux.

Les collectivités territoriales peuvent notamment soutenir l’action d’associations et de bénévoles, en lien avec les acteurs éducatifs de terrain (enseignants et chefs d’établissement).

5.1A l’intérieur du système scolaire, participer à l’éducation à la citoyenneté

En plus des disciplines scolaires, les établissements d’enseignement peuvent, et parfois doivent, organiser des activités différentes, ayant pour but une meilleure harmonie entre les élèves et leur environnement.

On peut prendre comme exemple l’éducation à la sexualité7 :

L'éducation à la sexualité vise à favoriser un comportement responsable des élèves et à les informer sur certains risques (prévention des infections sexuellement transmissibles, prévention des violences sexuelles,etc.).
Au collège et au lycée, au moins 3 séances annuelles d'éducation à la sexualité sont mises en place. Elles complètent les différents enseignements dispensés en cours. Ces séances sont organisées par une équipe de personnels volontaires et formés (professeurs, conseillers principaux d'éducation, infirmiers, etc.). Des partenaires extérieurs qualifiés sont généralement sollicités pour animer les séances.


De même, pour favoriser un comportement responsable des élèves (futurs adultes) , il est souhaitable d’organiser une éducation à la citoyenneté, qui permette aux élèves de se situer dans le monde, et de pouvoir être en relation pacifique avec lui. Nous proposons une séance (deux heures environ) au collège, et une séance au lycée de présentation du problème des langues dans les relations humaines. Ces langues sont des outils de communication, mais aussi de discorde et de pouvoir. En prenant des exemples anciens ou actuels on montre la difficulté de coexistence de groupes linguistiques différents. Une langue construite telle que l’espéranto peut permettre à la fois une communication à égalité entre humains d’origine différente, et une meilleure compréhension de sa propre langue.

Pour ce sujet, comme pour l’éducation à la sexualité, il est utile de faire intervenir des partenaires extérieurs, dans la mesure où le problème dépasse les disciplines scolaires traditionnelles.

 


Les collectivités territoriales doivent soutenir financièrement les interventions d’associations oeuvrant pour le « parcours citoyen de l’élève8 », qui contient « la lutte contre toutes les formes de discriminations et en particulier la prévention et la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, notamment à travers l'ouverture sur l'Europe et le monde », et qui repose notamment sur « des rencontres avec des acteurs ou des institutions à dimension citoyenne ; des engagements dans des projets ou actions éducatives à dimension citoyenne. ». Ces actions sont pilotées par les comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté, dans lesquels figurent des représentants des collectivités territoriales.

5.2En temps de crise sanitaire, assurer l’accueil pédagogique de tous les élèves

En cas de reprise modérée de l’épidémie de Covid-19, les instructions officielles sont d’accueillir tous les élèves au moins une partie de la semaine ; la nécessité de petits groupe fait que les élèves ne recevront d’enseignement scolaire qu’une partie du temps (deux ou trois jours par semaine), et devront rester chez eux en dehors9. Malheureusement, l’expérience des mois de mars, avril, mai et juin 2019 a montré que les élèves apprennent beaucoup plus mal à la maison qu’à l’école. De plus, certains enfants étaient laissés à eux-mêmes par leurs parents partis travailler : sans aide familiale, ils étaient incapables de comprendre les consignes reçues des enseignants, et n’ont rien fait pendant plusieurs mois.

Il est donc du devoir de la collectivité de prendre soin de ces enfants, et de les accueillir du mieux possible, dans des locaux publics inutilisés (gymnases, salles de spectacles, salles polyvalentes…), par du personnel non spécialiste. Le but de cet accueil ne sera pas de refaire les enseignements disciplinaires, mais de permettre des apprentissages facilitant le travail scolaire normal. L’apprentissage de l’espéranto peut donner confiance en eux à des élèves en échec scolaire grâce à la rapidité d’apprentissage. Il peut permettre des progrès en français et dans les autres langues « naturelles » grâce à la logique de la grammaire.

Le projet « Multlingva akcelilo [accélérateur du multilinguisme] » correspond à cette attente. Il est conçu pour une soixantaine d’heures d’enseignement, pour des élèves n’ayant aucune notion de la langue espéranto, et par des enseignants n’en sachant pas beaucoup plus10 :

L'idée du projet était que le MLA enseigne aux professeurs de langues étrangères uniquement à l'aide du guide et du matériel pédagogique, dans leur langue, sans qu'ils aient appris l'espéranto au préalable. Le matériel enseigné contient un minimum d'espéranto, que les enseignants de langues étrangères pourront apprendre en même temps que leurs élèves et en préparant leurs cours.
L'enseignant qui utilisera le MLA avec les enfants N'EST PAS tenu d'avoir développé des compétences linguistiques en espéranto. Le MLA est conçu de manière à permettre à l'enseignant de développer ses compétences en utilisant l'outil pour la préparation régulière de ses cours. Ceci est rendu possible par la conception en spirale du MLA, qui part de choses simples pour évoluer vers des contenus plus complexes, et par le fait que l'espéranto est basé sur les langues romanes, germaniques et slaves.


Donc des animateurs de base pourraient assurer cet accueil pédagogique d’urgence, à condition que les collectivités territoriales s’organisent dans ce but (coopération avec les associations, mise à disposition de locaux, etc).

5.3Dans les activités culturelles et périscolaires

Les collectivités territoriales sont souvent partenaires de diverses activités d’éducation populaire : centres aérés, colonies de vacances, etc.

Pendant les vacances, ces activités sont souvent organisées par « semaines », c’est-à-dire cinq journées. Si on imagine quatre heures d’activité éducative par jour, une semaine permet une vingtaine d’heures. Dans le projet « Multlingva akcelilo [accélérateur du multilinguisme] », au bout de vingt heures, on est capable d’échanger en espéranto avec d’autres personnes.

Pendant les périodes scolaires, les activités organisées pendant deux heures chaque semaine aboutissent à un total d’une soixantaine d’heures à la fin de l’année : c’est la totalité du programme « Multlingva akcelilo ».

 

Conclusion :

L’important est d’imaginer que les élèves d’aujourd’hui seront les adultes de demain, et que le monde dans lequel ils vivront sera différent de celui d’aujourd’hui.

Pour aider les élèves à s’y préparer, plusieurs mesures peuvent être prises par les collectivités territoriales :

1) soutien à l’organisation, dans le parcours citoyen de l’élève, de séances sur le problème des langues dans les relations humaines (une séance au collège, et une séance au lycée).

2) soutien aux activités culturelles et éducatives des associations d’éducation populaire, avec des activités suivies d’initiation à l’espéranto (par la méthode d’accélérateur du multilinguisme, ou une méthode similaire).

3) réactivité en cas de reprise d’épidémie, en organisant l’accueil pédagogique des élèves ayant des difficultés à travailler chez eux. Un enseignement d’espéranto peut être formateur, intéressant et valorisant pour ces élèves.

1https://fr.wikipedia.org/wiki/Valeur_prop%C3%A9deutique_de_l%27esp%C3%A9ranto#Universit%C3%A9_E%C3%B6tv%C3%B6s_Lorand,_Budapest_(Hongrie)
2https://core.ac.uk/download/pdf/9996139.pdf
3http://aede-el.be/uploads/documents/BI/regards%20europe/regards19.pdf
4http://www.europo.eu/eo/documentloader.php?id=501&filename=eb-193-2019-06.pdf
5https://esperanto-france.org/IMG/pdf/lme605.pdf#page=4
6https://www.cnesco.fr/fr/langues-vivantes-etrangeres-comment-mieux-accompagner-les-eleves/ et http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2019/04/190410_Dossier_synthese_Langues_.pdf
7https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F197
8https://eduscol.education.fr/cid107463/le-parcours-citoyen-eleve.html
9https://cache.media.eduscol.education.fr/file/RS2020/22/0/Fiche-1.3-orga-pedagogique_1309220.pdf
10https://lernu.net/fr/instruado/gvidlinioj

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